Leur place réelle dans la tradition
Les objets existent dans ces pratiques et il serait malhonnête de le nier pour paraître moderne. Ce sont souvent des choses modestes, préparées pour une personne et une situation précises, et remises dans un cadre qui a un sens.
Ce qui compte n'est pas l'objet lui-même, mais ce qui l'accompagne : l'étude qui a été faite, le travail qui a été conduit, la personne pour laquelle il a été préparé. Un objet identique remis à cent personnes différentes n'a plus rien à voir avec cette pratique.
La ligne de partage
Elle est simple à formuler : un objet accompagne un travail, il ne le remplace pas et il ne se vend pas seul.
- Préparé pour vous, après une étude de votre situation : cela relève de la pratique.
- Choisi dans une vitrine, avec un prix affiché, en fonction de ce que vous voulez obtenir : cela relève du commerce.
- Remis une fois, pour une période et un motif donnés : normal.
- À racheter tous les mois pour que la protection continue : c'est un abonnement, pas une protection.
Les ventes qui doivent vous faire partir
- Un objet vendu très cher, présenté comme indispensable et sans lequel il vous arriverait malheur.
- Un objet vendu avant toute étude, dès le premier échange, avant même que votre situation ait été exposée.
- Une somme qui augmente à chaque étape, avec un objet nouveau justifié par un obstacle nouveau.
- Un objet vendu avec l'interdiction de l'ouvrir, de le montrer ou d'en parler à quiconque. Cette consigne sert d'abord à empêcher qu'on vous dise ce que vous avez payé.
- Une pierre, un bijou ou un métal présenté comme rare et dont le prix serait justifié par sa valeur marchande.
Le ressort utilisé : la peur
Toutes ces ventes reposent sur le même mécanisme. On annonce d'abord un danger, souvent dès les premières minutes et sans qu'aucune étude ait été faite : une malédiction, un sort, quelqu'un qui vous veut du mal. Puis on vend la protection contre ce danger.
Une consultation sérieuse ne fonctionne pas dans cet ordre. Elle commence par écouter, elle cherche des explications ordinaires avant toute autre chose, et elle conclut fréquemment qu'il n'y a rien de cet ordre.
Les objets qu'on peut vous demander d'apporter
C'est une autre question, souvent confondue avec la première. Une photo est régulièrement demandée pour une étude à distance, parce qu'elle sert à désigner la personne concernée. C'est un usage courant et il n'a rien à voir avec une vente.
En revanche, une demande portant sur un vêtement porté, des cheveux, des ongles ou des objets intimes, présentés comme indispensables, doit vous faire réfléchir. Ces demandes servent le plus souvent à impressionner, et parfois à tenir quelqu'un.
Ce qui protège vraiment, et qui ne coûte rien
Il faut le dire, parce que cela figure rarement dans la bouche de ceux qui vendent des objets. Une bonne partie de ce que les familles appellent protection tient à des habitudes ordinaires, transmises et gratuites.
- Ne pas annoncer une bonne nouvelle avant qu'elle soit acquise.
- Ne pas détailler ses revenus, ses gains ni ses projets, y compris auprès de proches.
- Ne pas exposer ses enfants aux commentaires de tout le monde.
- Tenir à distance, sans conflit ouvert, les personnes dont la présence coïncide régulièrement avec des ennuis.
Si vous avez déjà acheté
Cela arrive à des personnes de tous milieux, souvent à un moment de fatigue ou d'inquiétude. Il n'y a pas de honte à en avoir et il existe des recours : opposition auprès de votre banque pour les paiements récents, signalement à la répression des fraudes, plainte lorsque des menaces ont été employées. Ces démarches aboutissent d'autant mieux qu'elles sont rapides.
Les objets rapportés du pays
C'est un cas particulier et fréquent : un objet reçu d'une grand-mère, rapporté d'un voyage, transmis à un mariage ou glissé dans une valise par un parent inquiet.
Ces objets-là n'ont rien à voir avec ce qui se vend au prix fort à des personnes inquiètes. Ils relèvent d'une transmission familiale, ils portent une histoire, et il n'y a aucune raison de s'en défaire ni de s'en méfier.
La question qui revient à leur sujet est plutôt celle-ci : faut-il en faire quelque chose ? En général, non. Un objet reçu se garde ou se range, et il ne demande ni entretien, ni renouvellement, ni cérémonie payante. Quiconque vous explique le contraire au sujet d'un héritage familial cherche à vous vendre autre chose.
On m'avait vendu une chaîne huit cents euros en me disant de ne jamais l'enlever. Ici, personne n'a essayé de me vendre quoi que ce soit.
Rachelle O., Villiers-le-Bel
La question à poser
Avant tout achat, où que ce soit : à quoi sert cet objet, pourquoi maintenant, et que se passe-t-il si je ne le prends pas ? La qualité de la réponse à ces trois questions vous renseignera mieux que n'importe quelle réputation.