C'est possible, et c'est fréquent
Un enfant qui décroche, un adolescent qu'on ne reconnaît plus, un parent âgé qui s'isole, un frère pris dans une histoire d'argent, un conjoint qui a changé sans explication. Ces demandes arrivent tous les jours et elles sont reçues normalement.
Il n'y a rien d'anormal à s'inquiéter pour quelqu'un et à chercher à comprendre ce qui lui arrive. C'est même souvent la démarche la plus généreuse qui amène quelqu'un au cabinet.
La limite, qui ne bouge pas
Elle tient en une phrase : on travaille pour quelqu'un, jamais contre quelqu'un.
Une demande visant à contraindre une personne, à la faire renoncer à un choix, à la séparer de quelqu'un ou à la ramener contre sa volonté est refusée. Cela vaut pour un conjoint comme pour un enfant majeur, et cela vaut quels que soient les motifs invoqués, y compris les meilleurs.
La nuance entre inquiétude et contrôle
Elle est parfois difficile à voir de l'intérieur, et elle mérite d'être posée franchement.
- Comprendre pourquoi mon fils s'est éloigné de la famille : inquiétude.
- Faire en sorte qu'il quitte la personne avec qui il vit : contrôle.
- Chercher ce qui pèse sur ma mère depuis son veuvage : inquiétude.
- Faire qu'elle renonce à son projet de déménagement : contrôle.
- Savoir ce qui bloque mon frère depuis trois ans : inquiétude.
- Le faire revenir travailler dans l'affaire familiale : contrôle.
La première colonne se travaille. La seconde non, et il vaut mieux l'entendre au premier échange qu'après avoir payé.
La personne doit-elle être au courant ?
Non, et elle ne sera jamais contactée. C'est la question posée presque à chaque fois, souvent avec appréhension. Aucun message n'est envoyé à personne, aucune démarche n'est entreprise auprès de qui que ce soit, et rien de ce que vous racontez ne sort du cabinet.
Cela dit, si votre inquiétude est sérieuse, la question de lui en parler à un moment mérite d'être posée pour elle-même. Beaucoup de situations familiales s'enlisent parce que personne n'ose aborder le sujet directement.
Ce qui est demandé
- Le prénom de la personne et sa place dans la famille.
- Depuis quand la situation dure, et ce qui s'est passé au moment où elle a commencé.
- Ce qui a changé concrètement : comportement, fréquentations, santé, travail.
- Une photo, si vous en avez une. Elle aide sans être indispensable.
- Ce qui s'est déjà produit de semblable dans la famille, à une autre génération.
Le cas des enfants et des adolescents
Il demande une précaution supplémentaire. Un adolescent qui s'isole, qui décroche scolairement ou qui change brutalement de comportement doit d'abord être vu par un médecin, et l'établissement scolaire dispose d'interlocuteurs formés pour cela.
Ces démarches passent avant toute autre, et elles ne sont pas concurrentes de ce qui peut être fait ici. Un praticien qui vous en détournerait vous rendrait un très mauvais service.
Le cas des personnes âgées
Même règle. Un isolement, une confusion, un changement de caractère chez une personne âgée relèvent d'abord d'un examen médical. Beaucoup de familles attribuent à autre chose ce qui est un début de maladie, et le temps perdu là compte double.
Quand le proche consulte aussi de son côté
Cela arrive, et parfois chez quelqu'un d'autre. La situation est plus fréquente qu'on ne l'imagine dans les familles où la démarche est habituelle.
Il n'y a rien à en craindre et rien à cacher. Deux personnes peuvent consulter chacune de son côté sur une même situation familiale sans que cela pose de difficulté. Ce qui pose problème, en revanche, c'est de le faire pour départager qui a raison, ou pour obtenir un avis à opposer à l'autre. Ce n'est pas ce à quoi sert une consultation.
Ce que vous pouvez faire vous-même
Souvent davantage que ce que vous croyez, et cela vaut la peine d'être tenté avant toute autre démarche.
- Reprendre un contact simple et sans enjeu : un message court, un appel bref, sans reproche ni question sur la situation.
- Cesser de faire passer des messages par d'autres membres de la famille.
- Poser une question ouverte plutôt qu'un conseil : « qu'est-ce qui se passe pour toi en ce moment ? » ouvre une porte qu'un conseil referme.
- Accepter que la réponse ne vienne pas tout de suite. Une porte laissée ouverte finit souvent par servir.
Ces gestes paraissent dérisoires face à une inquiétude qui dure depuis des mois. Ce sont pourtant ceux qui rétablissent le plus souvent quelque chose.
Prendre soin de soi aussi
C'est le point sur lequel il faut finir, parce qu'il est systématiquement oublié par ceux qui consultent pour quelqu'un d'autre.
S'inquiéter pour un proche pendant des mois épuise autant que de traverser soi-même la difficulté, et parfois davantage, parce qu'on ne s'autorise pas à se plaindre d'une souffrance qui n'est pas la sienne. Si vous ne dormez plus, si le sujet occupe toutes vos journées, votre propre situation mérite d'être regardée pour elle-même.
Je venais pour mon fils de seize ans. On m'a d'abord demandé si j'en avais parlé à l'infirmière du lycée. Je n'y avais même pas pensé.
Martine J., Aulnay-sous-Bois
En parler
Le cabinet reçoit 7 jours sur 7 de 8 h à 21 h, au 25 rue Poulet, métro Château Rouge, en face du marché. Vous pouvez exposer la situation au 06 05 95 73 78 avant de vous déplacer, et savoir d'emblée si votre demande peut être prise.