Un mot qui inquiète, et pourquoi
En France, le mot guérisseur évoque souvent des histoires de personnes qui ont abandonné un traitement sur les conseils de quelqu'un, et qui l'ont payé cher. Ces histoires existent et elles sont graves.
C'est pourquoi il vaut mieux commencer par la limite plutôt que de finir par elle : rien de ce qui se pratique ici ne remplace un médecin, et personne ne vous demandera jamais d'interrompre un traitement. Si un praticien vous le demande, quel qu'il soit, quittez la pièce.
Ce que le mot désigne dans la tradition
Dans la tradition africaine, la personne qui soigne n'est pas séparée de celle qui lit une situation. Un même praticien regarde ce qui se passe dans une famille, ce qui pèse sur une personne et ce qui se manifeste dans son corps, parce que ces trois choses ne sont pas classées dans des catégories différentes.
Le mot recouvre donc une pratique large : apaiser, dénouer, protéger, accompagner. Il ne recouvre pas ce que fait un médecin, et il ne l'a jamais recouvert, y compris au village où l'un et l'autre coexistent sans se confondre.
Ce qui est regardé
- Ce qui se répète : une même difficulté qui revient toujours au même moment, ou à chaque génération d'une famille.
- Ce qui a commencé à une date identifiable, sans qu'aucun événement connu ne corresponde à cette date.
- Ce qui touche plusieurs domaines à la fois : le corps, le couple, le travail, sans lien apparent entre eux.
- Ce qui entoure une personne : un entourage, une jalousie, une affaire familiale jamais réglée.
La règle du cabinet
Elle est simple et elle est appliquée sans exception : le médecin passe en premier. Quand une personne décrit une douleur, une fatigue durable, une perte de poids ou un trouble qui s'installe, la première question posée est de savoir si elle a consulté.
Si la réponse est non, c'est là que l'échange s'arrête, et l'on n'y revient qu'après. Cette règle fait perdre des consultations, régulièrement. Elle n'est pas négociable pour autant.
Ce qui n'est jamais fait
- Aucun diagnostic n'est posé. Nommer une maladie n'est pas du ressort d'un praticien traditionnel.
- Aucun traitement n'est interrompu, ni remplacé, ni déconseillé.
- Aucune guérison n'est promise, pour quelque affection que ce soit.
- Aucun produit n'est vendu comme un remède, et aucune préparation ne se substitue à un médicament.
- Aucune somme n'est demandée contre la promesse d'une guérison. C'est le signe le plus net d'un abus.
Alors, que reste-t-il ?
La question est légitime, et la réponse est honnête : il reste ce qui entoure la difficulté. Une personne qui traverse une épreuve de santé porte aussi une inquiétude, un isolement, parfois un conflit familial réveillé par la maladie, et souvent une fatigue morale que personne n'écoute.
C'est sur cela que la tradition travaille, et c'est déjà beaucoup. Cela ne soigne pas, cela n'en a pas la prétention, et le dire clairement fait partie du travail.
Ce que les gens viennent réellement chercher
Rarement une guérison, contrairement à ce que le mot laisse croire. Le plus souvent : comprendre pourquoi cela tombe maintenant, savoir si quelque chose se répète dans la famille, et cesser de se sentir seul avec une inquiétude qu'on n'ose pas dire à ses proches pour ne pas les alarmer.
Guérisseur, marabout, féticheur : pourquoi les mots se mélangent
Aucun de ces mots n'est protégé, aucun n'a de définition officielle, et chacun les emploie à sa façon. Il en résulte une confusion que même les praticiens entretiennent, souvent pour être trouvés plus largement.
- Marabout : dans l'usage courant en France, un praticien de tradition africaine qui travaille sur des situations et des protections. Le mot a d'abord un sens religieux, différent.
- Guérisseur : renvoie à une action sur ce qui affecte la personne. Le mot est employé en France bien au-delà des traditions africaines, notamment pour les rebouteux.
- Féticheur : terme colonial passé dans l'usage, souvent péjoratif, rarement revendiqué par les intéressés eux-mêmes.
- Voyant, médium : la lecture d'une situation et le contact avec ce qui n'est plus visible. Deux pratiques distinctes, souvent exercées par la même personne.
La conclusion pratique est toujours la même : jugez sur ce qui vous est dit pendant le premier échange, jamais sur le titre affiché.
Ce que le mot devrait vous faire vérifier
Quel que soit le praticien, un seul point mérite d'être vérifié quand ce mot apparaît : est-ce que la médecine est présentée comme complémentaire, ou comme une erreur ?
Un praticien qui vous parle de votre médecin avec respect, qui vous demande si vous avez consulté et qui vous y renvoie au besoin travaille dans le bon sens. Celui qui se pose en alternative, en dénigrant les traitements ou les hôpitaux, est dangereux, quelle que soit la tradition dont il se réclame.
Il m'a demandé si j'avais vu mon médecin avant de me laisser continuer. C'est la première question qu'il m'a posée, avant même de me demander mon prénom.
Georges P., Épinay-sur-Seine
Si vous hésitez
Exposez la situation par téléphone au 06 05 95 73 78 avant de vous déplacer. Il vous sera dit franchement si votre demande relève d'ici ou d'ailleurs, y compris quand la réponse consiste à vous renvoyer vers un médecin ou vers un service hospitalier.